Objectif Lune entre Sciences et Fictions

Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Mot des parrains Making of QUIZZ

version provisoire 20 mai 2019

Sur la Lune

Une nouvelle de SF disponible aussi dans son intégralité en version PDF imprimable

Chapitre 1

possibilité d'écoute ci-dessous (à venir)

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La base lunaire

« Réveille-toi, Maman, réveille-toi ! »

Elle sursauta et essaya tant bien que mal d’identifier la source du bruit. C’était Héache, bien sûr, qui courait dans tous les sens à l’autre bout de la pièce, tout en essayant de s’habiller. Le cerveau à présent presque alerte, elle laissa échapper quelques jurons en sortant du lit.

« Il est quelle heure ? » demanda-t-elle, sentant déjà la panique monter.

« Il est déjà H2 ! »

Au moins une demi-heure de retard, donc: elle voyait déjà Louis lui faire -encore une fois- la morale sur l’importance de la ponctualité au travail. A cette image désagréable s’en substitua immédiatement une autre, encore plus désagréable: celle de sa toute dernière hybridation en train de fleurir sans elle. Elle courut à son tour vers ses vêtements et les cris redoublèrent dans le petit espace en désordre.

Quelques minutes après, ils dévalaient les marches de l’escalier, couraient jusqu’à l’avenue Wells, se frayaient un chemin à travers la foule jusqu’à la place Bellagamba pour prendre le Quick-eight et enfin arriver à la station du Supercylindre. Toujours au pas de course, elle l’amena jusqu’à sa voie et l’embrassant sur le front:

«Excuse-moi auprès de ton professeur pour le retard, fais bien attention à toi et…

- Et ne fais pas de bêtises… je sais, Maman: comme d’habitude», la coupa-t-il.

Il se retourna vers le Supercylindre Racine qui allait partir et s’installa sur le premier siège libre, tout près de la porte. Elle le regarda s’éloigner et fut ramenée à la réalité par un appel de Louis. Elle sortit son K-Lien. Mais le vieil écran se déploya si lentement qu’elle n’eut pas le temps de répondre.

« Fichu appareil ! », s’exclama-t-elle.

Elle le rangea dans la poche de sa veste et repartit en courant vers le Supercylindre Darwin. Elle entra juste avant que les portes se ferment: «C’était juste!» pensa-t-elle. Elle choisit une place au hasard, attacha le harnais, reposa sa nuque dans la mousse du siège baquet et put enfin reprendre son souffle. Le Supercyl démarrait doucement. Il accéléra pour finalement atteindre près de neuf cents kilomètres par heure, sa vitesse de croisière sur cette portion. Elle tourna la tête vers la droite puis vers la gauche, étirant les muscles engourdis de son cou. On ne voyait que la roche lunaire, dans laquelle le tunnel était creusé: les parois irrégulières défilaient à une vitesse folle, éclairées par la timide lumière émanant du Supercyl. Puis le paysage changea brutalement. Elle venait d’entrer dans le tube Surveyor 5. Celui-ci était transparent et passait au dessus d’un terrain de rugby pressurisé. En l’espace d’une seconde, la rame fut de nouveau environnée d’obscurité: on avait plongé dans un autre tunnel de roche.

Le Supercylindre se dirigeait maintenant vers le quartier Poe. Malgré la vitesse, elle avait toujours trouvé interminable cette partie du trajet, qui reliait deux cratères éloignés. Elle était impatiente d’arriver au bout de cette obscurité angoissante qui la poussait à ruminer toutes sortes de pensées négatives. Comment le professeur d’Héache allait-il prendre ce nouveau retard? Comment ferait-elle pour l’emmener à cette fête d’anniversaire le lendemain? Et les serres? Encore une journée à travailler sans relâche. Et son travail était solitaire. Elle avait bien des collègues mais la plupart ne l’intéressaient pas beaucoup. Surtout, elle travaillait énormément et n’avait pas beaucoup de temps pour construire des relations. Car elle devait nourrir la population: des millions de bouches, et des serres pour seul moyen de production.

Elle faisait partie d’une équipe qui se chargeait de croiser génétiquement des plantes afin d’obtenir des variétés plus goûteuses, plus résistantes et, surtout, plus productives. Mais les jours se ressemblaient et paraissaient s’allonger. Tous les matins, elle se rendait au labo, passait sans même lever la tête devant les paysages monotones des cultures hydroponiques sagement alignées sur ce qui lui paraissait des kilomètres. Chaque matin, elle entrait ensuite dans un petit bâtiment encore plus humide et froid pour y faire les mêmes expériences que la veille et observer des résultats qu’elle devait noter soigneusement dans des tableaux interminables. Et quand elle rentrait enfin chez elle, elle était si lasse. Elle se consolait parfois en se disant qu’elle jouait un rôle capital…

Elle sourit et regarda son reflet dans la vitre, à sa droite. A travers, elle voyait défiler à toute vitesse les parois du tunnel, brièvement éclairées par la lumière tamisée du cylindre. Et tout d’un coup, ce fut la fin du tunnel: le Supercyl enjambait à présent un paysage presque champêtre. Pas un seul bâtiment: c’était de la végétation qui s’étalait en bas, à la surface, de la vraie, même si elle était encore loin d’être luxuriante. Elle était toujours aussi émerveillée par la splendeur fragile de ce parc -le seul sur toute la surface de la Lune- qu’elle surplombait pourtant tous les jours.

Ce jour-là, elle remarqua que les cerisiers étaient en fleurs. Cela voulait dire que le printemps avait été activé par les autorités. Son rêve: descendre un jour en bas pour cueillir quelques cerises quand les arbres se décideraient enfin à fructifier.

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Suite

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